Amour en Plein Ciel

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Amour en plein ciel

Par Maud Séjournant

Il fait beau. Je suis dans un Boeing d’American Airlines entre Albuquerque, Nouveau-Mexique et Dallas, Texas. Il est deux heures et demi de l’après-midi et les hôtesses commencent à servir ce que nous, latins, nous appelerions le déjeuner et qu’elles nomment dîner. Peu importe la sémantique, j’ai faim.
Après avoir avalé le poulet « aux cinq grains » comportant même du riz sauvage… et la mini-salade, je tripote un gâteau au chocolat sous plastique extensible. A priori défavorable : cela n’évoque pas le gâteau « fait maison ». Dessus une étiquette ovale grise et pourpre annonce : « Golden Brownie ». Distraitement, je continue à lire les petites lettres qui s’étirent autour de l’ovale : « Love and Quiches, Ltd, Freeport, NY 11520 ». Suit la composition du gâteau « fait à la main » : « sucre brun, farine complète, chocolat amer, margarine, oeufs frais entiers, sucre, noix, levure, vanille, sel et Amour ! Poids : 1 1/2 ounce.
De l’amour dans le gâteau ! Servi sur American Airlines ! Oui, il faut être en Amérique pour lire cela.
Tout à coup, je pense à ma grand-mère, à ma mère et je me souviens des gâteaux au chocolat qu’elles confectionnaient, spécialement pour mon anniversaire. Bien sûr qu’il y en avait de l’amour !  Toutes les générations des femmes, pétrissant la pâte des galettes ou du pain pour leur famille mettaient une partie d’elles-même, de leur espoir, de leur pouvoir nourricier, offrant leur tendresse, leur amour à leur mari, à leurs enfants. L’amour dans le gâteau, oui, c’est ainsi que cela a toujours été !
Je ne peux m’empêcher de revoir des scènes de « Like water in chocolate » ; la fin atroce de la soeur cadette, nourrie par son aînée bien décidée à prendre sa revanche ,  nous fait comprendre que l’on peut littéralement mourir de mauvaises pensées. Et  la séduction du mari, enivré par la passion projetée dans la délicieuse cuisine concoctée par l’héroïne nous donne la mesure du pouvoir de l’amour dans la nourriture.
Au niveau collectif, on peut se demander si les diverses maladies qui se multiplient aujourd’hui, notamment les allergies, ne trahissent pas les méfaits de l’absence du pouvoir nourricier de l’amour dans notre nourriture : un air de plus en plus pollué par le désir du gain, une nourriture neutre ou vide traitée en usine par des machines ou des travailleurs indifférents, une eau contaminée par les insecticides et engrais chimiques : nous oublions de mettre de l’amour dans notre environnement.
Et voici les américains, dans tout le courage de leur candeur, qui nous proposent d’inverser cette tendance et nous offrent un petit sachet de cellophane à 10.000 mètres d’altitude avec de l’amour (ils ne disent pas le pourcentage). Cela remplit d’espoir !
Peut-on espérer que, lors de mes prochains vols, Air France (ou Air Canada) offrira aux passagers des crêpes Suzette flambées d’amour ? Quelle ivresse nous attend !

2015-09-29T20:27:46+00:00